jeudi 10 février 2005 par admin
En ouvrant cette réunion, Margaret Beckett, ministre britannique de l’environnement, a exhorté les Etats-Unis à s’associer aux projets internationaux de réduction des émissions de ces gaz à effet de serre, et à ne plus faire cavalier seul. "Un impact significatif est inévitable. Par conséquent, nous devons agir rapidement pour limiter à l’avenir l’ampleur du réchauffement et éviter des conséquences aggravées", a insisté la ministre, ajoutant qu’elle aimerait que "l’Amérique s’implique davantage dans ces discussions." Les Etats-Unis, qui sont les plus gros producteurs de gaz à effet de serre de la planète, ont jusqu’à présent refusé de signer le protocole de Kyoto, car ils récusent la thèse communément admise par la communauté scientifique selon laquelle ces gaz sont directement responsables des changements climatiques.
Or le temps presse, car "dans de nombreux cas les risques sont plus sérieux qu’on ne le pensait. Les impacts du changement climatique peuvent déjà être observés, et les écosystèmes en subissent déjà les effets. Des modifications se sont déjà produites sur la calotte glaciaire, les glaciers et le régime des pluies", souligne le texte de la déclaration finale de la conférence.
"RISQUES DE FAMINES"
Si rien n’est fait pour freiner la croissance des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, la température moyenne à la surface du globe devrait augmenter de 1,6 à 5,8 °C, voire plus, d’ici à la fin du siècle. C’est ce que laissent supposer les données du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Or "les risques sur l’environnement augmentent en fonction de la montée des températures", rappelle Bill Hare de l’Institut Potsdam de recherche sur l’impact climatique. "Tant qu’on reste en dessous de 1 °C, le risque reste faible, mais il peut affecter des écosystèmes très vulnérables." Entre 1 °C et 2 °C, les conséquences sur l’environnement augmentent d’une manière significative.
Au-delà de 2 °C, les risques s’accroissent d’une manière importante et peuvent donner lieu "potentiellement à de grandes extinctions et à des modifications dramatiques des écosystèmes." Les nouvelles conditions de l’environnement "peuvent augmenter les risques de famines et de pénurie d’eau potable et provoquer aussi des dommages socio-économiques, plus particulièrement dans les pays en voie de développement", s’inquiète Bill Hare.
Ces bouleversements de l’environnement risquent d’avoir des répercussions catastrophiques sur les populations les plus démunies. "Quelque 150 millions de réfugiés du climat pourraient être déplacés d’ici à 2050", prévient Rajendra Pachauri, président du GIEC et directeur général du Tata Energy Research Institute en Inde. La frange côtière indienne, submergée par la montée des mers consécutive à une augmentation de la température mondiale, pourrait provoquer à elle seule le déplacement de 20 à 60 millions de personnes.
Cette montée des eaux pourrait aussi faire perdre définitivement au Bangladesh 17 % de sa surface, ce qui entraînerait le mouvement de 15 millions de personnes. La zone côtière asiatique ne serait pas la seule concernée. L’Egypte pourrait elle aussi perdre 12 à 15 % de ses terres arables. Par ailleurs, "les famines induites par le changement climatique pourraient provoquer le déplacement de 50 millions de personnes sur toute la planète", précise Rajendra Pachauri.
L’AFRIQUE DUREMENT FRAPPÉE
Le réchauffement climatique devrait dans le même temps aggraver considérablement les problèmes dus à la sécheresse ou à l’accès à l’eau potable, dont souffrent déjà des régions entières de la planète. D’ores et déjà, 1,4 milliard de personnes vivent dans des régions où la population dispose de moins de 1 000 m3 d’eau par personne et par an, a rappellé Nigel Arnell, du Centre Tydall sur le changement climatique (université de Southampton).
La plupart de ces personnes vivent en Asie du Sud et du Sud-Est, au Moyen-Orient et en Méditerranée. D’ici à 2050, les ressources en eau devraient se raréfier dans ces régions et dans certaines parties du continent américain. Entre 700 millions et 2,8 milliards de personnes, en fonction de la croissance de la population et de la gravité du réchauffement, seraient touchées par ce phénomène.
Le continent africain, l’un des plus pauvres du globe, serait aussi durement frappé par les effets du changement climatique. Si rien n’est fait pour enrayer la tendance au réchauffement, "les moyens d’existence de millions d’Africains seront menacés", estime pour sa part Catrina Cardoso, expert du World Wide Fund for Nature. "Et, sans ressources nouvelles, des millions d’autres ne pourront pas s’adapter aux changements qui sont déjà à l’œuvre."
Christiane Galus
• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 06.02.05