La Grippe
Espagnole ressuscitée en laboratoire
Par Caroline Lepage - Futura-Sciences, le 20/10/2004 à
16h28
Des chercheurs viennent
de redonner ‘vie’ à la terrible Grippe Espagnole au travers de souris
infectées
. L’intérêt d’une telle expérience consistait à découvrir la face
cachée de ce virus... Mission inquiétante, mais réussie !
La 1ère Guerre Mondiale n’a pas été le seul fléau du début du 20e siècle.
Les années 1918-1919 furent pire encore en raison d’un
virus étrange qui se propageait comme la peste : celui de la Grippe
Espagnole. Aucune frontière ne l’arrêtait ! La pandémie fit 20 à 40
millions de morts, les jeunes étant les plus touchés.
Des experts estiment que le virus tuait 1% des gens infectés ; par
comparaison avec celui de la grippe aviaire qui, même s’il a frappé peu
d’individus, en a tué presque 90%...
On classe les virus grippaux en 2 groupes, A et B. On les nomme ainsi
A(H3N2), A(H1N1)... Par exemple, A(H5N1) est le nom de la terrifiante grippe
aviaire. H et N (Hémagglutinines et Neuraminidases)
représentent des antigènes, autrement dit des protéines portées en surface
par le virus. De simples modifications au cœur de celles-ci peuvent
transformer un virus sans grande gravité pour la santé, en un tueur en
puissance !
L’hémagglutinine : arme fatale du virus de la
Grippe Espagnole
Yoshihiro Kawaoka, virologiste pour les Universités du Wisconsin et de
Tokyo, vient de publier les résultats de son étude dans la revue Nature.
A la fin des années 90, à partir d’échantillons prélevés sur des victimes
encore bien conservées, des scientifiques étaient parvenus à séquencer une
partie des gènes du virus de 1918. Le virologiste,
lui, a pu ainsi reconstruire les 2 gènes assurant la synthèse des
hémagglutinines et des neuraminidases, puis à les insérer dans le génome
d’un Influenza A (l’autre nom du virus de la grippe) actuel bénin.
Il a ensuite infecté des souris avec ce virus modifié.
Elles ont très vite présenté des symptômes proches de ceux décrits dans le
cas de la Grippe Espagnole : atteintes des poumons et sévères hémorragies. «
Ici, nous démontrons que l’hémagglutinine du virus de 1918 confère une
pathogénicité plus importante chez les souris que les virus humains récents
qui sont par ailleurs non-pathogéniques chez ces hôtes animaux » affirme
le scientifique.
Il a en effet découvert que toute la ‘force’ de ce
virus est en réalité concentrée sur les hémagglutinines, qui à elles seules,
suffisent à rendre les souris malades. Les neuraminidases n’ont en fait
qu’un rôle secondaire dans la pathogénicité. Son étude soutient
également la thèse d’une origine aviaire de la Grippe Espagnole.
Les oiseaux sont bien les réservoirs primaires des
virus Influenza de type A, d’où l’inquiétude qui plane actuellement avec la
grippe aviaire...
Le risque de la transmission oiseaux-humains
Les antigènes sont un peu comme des clés qui ouvrent des serrures -les
récepteurs- sur les cellules. Fort heureusement, les
antigènes des variétés aviaires de ces virus ont des récepteurs bien
particuliers sur les cellules des oiseaux. Ces récepteurs différent
légèrement de ceux que l’on retrouve chez les êtres humains, « ce
qui limite la transmission des espèces aviaires à d’autres espèces, y
compris les humains, mais pas complètement... » reconnaît Kawaoka.
La preuve, en 1918, ça n’a pas été la règle. Les antigènes du virus ont
facilement trouvé les serrures pour infecter les cellules des hommes, et le
virus n’avait plus qu’à s’y introduire. « Cela
indique qu’il y avait un changement dans la reconnaissance du récepteur
après l’introduction des espèces aviaires aux humains. Le virus
reconnaissait le récepteur humain même s’il venait d’une espèce aviaire.
Voilà pourquoi il se transmettait si facilement aux humains ! » poursuit
le chercheur.
L’une de ses découvertes concerne les derniers
survivants de cette épidémie : « les gens qui ont été infectés par le
virus en 1918 ont encore de nombreux anticorps, même 80 ans plus tard »,
et leurs défenses immunitaires se sont révélées parfaitement efficaces
contre le virus modifié du chercheur ! Autrement dit, ces personnes âgées
aujourd’hui survivraient encore à l’épidémie. Et de toute manière, celle-ci
serait rapidement maîtrisée car il existe désormais un
vaccin. Ce n’est hélas pas le cas pour le virus H5N1 de la grippe aviaire...


Le virus Influenza A
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